Les effets de la  crise du Pool n’épargnent pas les  populations des quartiers sud de Brazzaville. Les activités des paysans des quartiers tels Ngampoko, Mikatou, pour ne citer que ceux-là, proches du district de Goma Tsé-tsé sont en berne. Théâtre des opérations militaires, ces zones sont désormais strictement interdites pour l’exercice des activités agropastorales. Une situation qui provoque la rareté de certains produits de la terre sur les marchés de Brazzaville.

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          Vue partielle d'un maraîchage à Kombé, quartier de l'arrondissement 8 Madibou (photo PCPA Congo)

Le bois de chauffe, les légumes, le manioc et sa farine, la banane plantain et autres produits de terre en provenance surtout du pool se font de plus en plus rare sur les marchés de Brazzaville. La petite quantité visible coûte, en tout cas les yeux de la tête. Les circuits d’approvisionnement ayant tari, à cause des fournisseurs qui se font de plus en plus rares.

Selon les témoignages recueillis au près des paysans, cette situation se justifierait par la mesure d’interdiction de la force publique consistant à ne pas fréquenter les forêts  jouxtant le département du Pool pour des raisons de sécurité. Une mesure, pourtant, raisonnable mais dont les effets sont cruels sur le vécu quotidien des paysans et d’autres couches de la population congolaise.

Pour les paysans, ils n’ont plus accès à leurs champs, ce qui ne leur permet pas de tirer partie des efforts consacrés aux travaux champêtres, nécessitant des sacrifices énormes. La conséquence, c’est l’oisiveté qui, souvent crée ou suscite d’autres comportements  n’épousant pas les bonnes mœurs. Une situation dont les effets collatéraux se constatent sur les étals des marchés, avec à la clé la disparition de certains produits de la terre qui abonde souvent à cette période de l’année.

Ne voulant pas mourir de faim, certains paysans bravent cette mesure à leur risque et péril. Ils choisissent des sentiers peu fréquentables pour accéder dans la forêt. Mais, ceux qui tombent entre les mains des patrouilles de la force publique, à défaut d’être embarqué reçoivent l’ordre de tout laisser sur leur passage et de renter bredouille à la maison. Et pour y échapper de plus belle, ils choisissent les premières heures de la matinée pour se ravitailler en quelques produits naturels.

C’est cette stratégie qui  permet de voir sur les marchés quelques produits, mais dont le prix à l’étalage n’arrange pas le fonctionnement moyen. Pour preuve, à cette période de l’année, les congolais ont l’habitude de savourer certains fruits comme les ananas, les safous, les mangues…, la rareté aidant, l’inflation gagne du terrain. Pas plus que, le 10 décembre dernier,  un ananas de 3 kilos se négociait à un prix de  2500 à 3000 f CFA, au marché de Mayanga. Les asperges, pour leur part, caracolaient entre 1000 et 2000 frs et la boîte de tomate des graines de l’oseille à 500 F CFA.

Certains produits comme les chenilles, le vin de palme, l’huile de palme, le lotoko deviennent des denrées rares. Une situation aggravée par l’arrêt sur le trafic du CFCO à cause de la destruction par les ex combattants de certains ouvrages d’affranchissement. La population des quartiers sud de Brazzaville, surtout ceux qui jouxtent le district de Goma Tsé-tsé, ayant augmenté en proportion par l’afflux des déplacés en provenance des villages du Pool, il est à craindre que les politiques, mal intentionnés, récupèrent cette situation à des fins politiciennes.

D’où la nécessité pour les pouvoirs publics d’envisager des mesures d’accompagnement pour les paysans dont la forêt reste la principale ressource. Il serait plus séant pour la force publique d’alléger cette mesure par l’ouverture d’un couloir  à certaines heures de la journée pour permettre à la population paysanne de vaquer à leurs occupations, car un ventre affamé n’a point d’oreille. La sécurité des populations aidant, il serait mieux pour les personnes jugées suspectes de nécessiter la présence d’un témoin majeur pour éviter toute confusion.

   Après l’interdiction de la traversée par pirogue sur la rivière Djoué en direction des quartiers kinsoundi, dans l’arrondissement 1 Makélékélé, et Mbimi dans l’arrondissement 7 Mfilou, les citoyens ne doivent pas se sentir  abandonner par les pouvoirs publics. Brazzaville sud ne doit pas payer le lourd tribut de la crise du Pool  dont les motivations sont loin de leurs préoccupations quotidiennes.