La police de Mayanga jouit d’une certaine impopularité auprès des commerçants informels qu’elle ne cesse de terroriser par des actions musclées. Ce 4 avril 2017 à 10 heures, les hommes en uniformes ont pris d’assaut l’avenue Moussosso, en plein marché, pour disperser, ravir et embarquer, mano militari, les produits à l’étalage vendus à même le sol.

patrouille

     Une patrouille de la police (Photo d'archives)

Mal habillée, moralité zero, et déontologie professionnelle douteuse; tel est le portrait robot de la police de Mayanga dont les bavures laissent encore à désirer. Après avoir mis entre parenthèse la traversée sur la rivière Djoué pour des raisons inavouées, procédé récemment à l’interpellation de nombreux jeunes pour soi-disant défaut de taille, elle s’acharne désormais sur les pauvres commerçants exerçant la vente à l’étalage.

Ce mardi 8 avril, ces commerçants ont été, une fois de plus, victimes de son diktat. Arrivée à bord d’une BJ, ses hommes ont mis main basse sur tout ce qui se vendait à l’étalage, tout en embarquant, mano militari, les propriétaires de ces marchandises. Ceux qui, à la vue des policiers, prirent la poudre d’escampette, ont vu leur biens piétiner et disperser à coup de pied.
Une femme sinistrée, du 3 ème âge, qui vendait de l’eau glacée pour subvenir aux besoins de sa petite famille n’a pas pu contenir ses larmes en voyant sa marchandise embarquée. Un scénario au goût amer qui n’a pas laissé indifférent les usagers présents à l’arrêt de bus et dans la foule quelqu’un a lancé : « c’est ça la mission de la police, brimer les pauvres sinistrés… »
Certes, la vente des produits à même le sol, du point de vue de l’hygiène n’est pas recommandée, et que des ultimatums étaient donnés pour les récalcitrants qui n’intégreront pas le marché de Miabanzila, mais ce qui qui afflige c’est le modus opérandi de la police qui croit toujours que la force prime le droit.

L’on comprend aisément le souci de la police, mais le mieux c’est de parler à ces commerçants dans un cadre approprié pour recueillir leurs avis en bonne et due forme. Certainement qu’ils ont des doléances et des propositions à faire à propos du marché Miabanzila. Et l’autorité municipale est là interpelée, elle qui a en charge la gestion des marchés de Brazzaville.

Pas plus que la semaine passée, les militaires en poste à Mayanga ont réagi violemment contre l’attitude de la police qui utilise toujours la méthode forte là où un simple mot suffit, et n’eut été l’intervention des chefs de quartier, la situation devrait dégénérer. Il est reproché à la police d’en faire un peu trop et de ne pas assurer correctement leur mission régalienne, celle de protéger les personnes et leurs biens.

Les autorités incriminées

Une femme vendeuse a saisi l’occasion pour éclairer la lanterne de l’assistance. Selon elle, ceux qui viennent vendre sur l’avenue Moussosso, en fait ce ne sont pas des vendeurs à proprement dit, mais des occasionnels dont la principale activité n’est pas la vente. Pour la plupart, ce sont des paysans et des paysannes qui viennent écouler la plupart des fruits de leur travail (ananas, banane, fagot de bois, légumes …). Une fois l’objectif atteint, ils repartent dans leurs activités respectives pour ne revenir qu’à une prochaine occasion.

Aussi, n’a-t-elle pas manqué de fustiger l’attitude des hommes en armes qui ont interdit les paysans de travailler dans les champs jouxtant le district de Goma Tsé-tsé, dans le Pool, zone de théâtre des opérations militaires entre les forces loyalistes et les ex-combattants du pasteur Ntoumi. Désœuvrés, selon elle, les paysans préfèrent s’adonner au commerce occasionnel pour survivre.

Comme on le voit, les responsabilités semblent être partagées entre les autorités et les commerçants, qui pour la plupart, sont des sinistrés, ayant fui la guerre du Pool et compte tenu de leurs moyens financiers dérisoires, ils n’ont pas de possibilités pour s’acheter ou louer une table au marché Miabanzila.

D’où la nécessité pour les autorités d’imaginer des mesures d’acc
ompagnement, car un ventre affamé n’a pas d’oreilles. Un vendeur occasionnel qui veut écouler un fagot de bois n’a pas besoin de chercher une place au marché ou bien une maman maraîchère qui a quelques tiges de légumes ne va pas être tentée par le marché là où il y a des taxes à payer.

Les populations de Mayanga vivent une situation exceptionnelle due à la guerre du Pool. Les autorités municipales et policières devraient mettre un peu d’eau dans leur verre pour donner la possibilité à ces hommes, femmes et enfants sinistrés de survivre, par le biais des activités informelles afin que les quartiers Mayanga, Moussosso soient épargnés des bébés noirs, des bandits de grands chemins et des coupeurs de route. A bon entendeur salut !