Depuis près de deux mois, la capitale Brazzaville connaît une crise de carburant. Une situation qui impacte dangereusement sur le panier de la ménagère et sur la mobilité des biens et des personnes, à l’heure actuelle où la crise économique atteint tous les secteurs d’activités. Une épée de Damoclès pèse désormais sur la tête des « Kadhafis » suite à l’interdiction de la vente  de l’essence ou du gaz-oil à tout porteur de bidon, ce 23 octobre 2017, à Brazzaville. Loin de plaire aux usagers en difficulté , la mesure ne semble pas attaquer le problème à la racine.

station de la patte d'oie à brazzaville

      Triste réalité à la station service de la patte d'Oie à Brazzaville

D’aucuns s’interrogent si cette décision tiendra la route lorsqu’on sait que les ‘Kadhafis » n’ont pas seulement les stations services de Brazzaville comme source d’approvisionnement.  Les frontières de Brazzaville étant poreuses, le carburant vient de partout, avec Kinshasa qui demeure une destination privilégiée. Et puis, qu’on ne se la cache pas, les pompistes préfèrent alimenter les « kadhafis » pour tirer de meilleures dividendes. A force d’interdire la vente du carburant par bidon, d’autres mécanismes existent pour qu’ils soient approvisionnés directement ou indirectement par les livreurs des camions-citernes même à domicile.

Il ne faut pas se voiler la face, la guerre du Pool reste et demeure la principale solution pour  résoudre le problème de pénurie de carburant à Brazzaville. A défaut du département du Pool pourquoi ne pas construire des pipes lines sous marins comme  cela se fait dans d’autres pays africains. Il serait bienveillant que la réflexion soit menée dans ce sens pour parer à cette éventualité qui ne fait que perdurer. Et puis, les « Kadhafis » ne sont pas les seuls à utiliser les bidons, il ya aussi les propriétaires des groupes électrogènes qui ne s’approvisionnent  qu’en bidon pour l’alimentation  de leurs engins à domicile.

L’instruction d’interdire la vente du carburant par bidon a été donnée aux gestionnaires des stations d'essence  par le directeur de la police administrative et de la réglementation, le colonel Ntsiloussilabo. Une décision sans doute qui pourra apporter du sourire aux automobilistes et autres usagers qui ne savent plus à quel saint se vouer car les « Kadhafis » vendent le bidon de 25 litres à 22000 francs CFA alors que le prix homologué est 12000 francs, ajouté à cela  le pourboire de 1000 à 2000 voire 3000 francs CFA  exigé par les pompistes.

Le malheur ne venant jamais seul, les chauffeurs des bus sont souvent obligés d’imposer un fractionnement des trajets, et ils en abusent pour augmenter la rentabilité de leurs véhicules. Cela oblige les passagers à prendre plusieurs bus différents pour parvenir à destination. Le temps de transport, déjà affecté par les embouteillages, est ainsi considérablement rallongé et déjà dans les administrations, on note une recrudescence d’absentéisme au travail ou de retards aux postes de travail.

Voyant leur marge de manœuvre diminuer, les Brazzavillois incriminent  la crise armée qui sévit dans une partie du département du Pool ayant provoqué l’interruption du trafic sur le CFCO (Chemin  de fer Congo Océan), et  la faible capacité des camions-citernes des sociétés chargées de la distribution des produits.  

Pour éviter tout embuscade des ex combattants,  le gouvernement est obligé de faire escorter des convois de camions citernes par des véhicules de l'armée et en même temps par un hélicoptère de la Bouenza jusqu'à Brazzaville pour alimenter la capitale des produits pétroliers. La zone la plus redoutée reste le Pool. A cause du coût que cela représente, le gouvernement a donc décidé de combattre les "Kadhafis" tenus pour responsables de la flambée des prix et d'entretenir des pénuries artificielles.

Le malheur ne venant jamais seul, la crise du carburant survient au moment où le Congo traverse une période de récession économique. Avec la décision prise par le dernier conseil des ministres de reformer la société nationale des pétroles du Congo (SNPC),  le bout du tunnel n’est plus loin. Comme qui dirait quelque soit la durée de la nuit, le jour finit toujours par apparaître.